Revealing potential

Archive for July, 2011

L’argent, miroir de nos peurs

Après avoir exploré la valeur du temps, Michel de Kemmeter, entrepreneur et consultant en ressources humaines, signe un nouveau livre qui se présente comme un voyage à travers les méandres de l’argent. Il décode la puissance de ce fantasme collectif où sont plongés la plupart des hommes, tout en proposant des pistes de sevrage. Non pas de l’argent mais de l’asservissement par rapport à lui.

L’argent est un problème pour (presque) tous, explique Michel de Kemmeter. “Pas assez: vous n’arrivez pas à boucler vos fins de mois. Trop: une grosse fortune peut vous pulvériser sous son poids.” Et pourtant, poursuit-il, l’argent, comme l’or ou tout autre monnaie d’échange, est inerte au départ. Ce sont de simples métaux, du papier ou des chiffres électroniques. L’argent est rendu vivant par chacun de nous qui y projette ses attentes, ses désirs, ses peurs, ses croyances, ses projets, ses fantasmes.

En somme, c’est l’argent roi que vous dénoncez?

– Michel de Kemmeter Je fais partie de la génération “yuppie” des années 80. Une génération de jeunes qui a été entraînée à une seule chose: faire de l’argent, faire tourner la machine. Jamais à l’école ni à l’université, et encore moins dans le monde des affaires, il ne fut question de sens, de finalité. Pink Floyd chantait “Another brick in the wall”. C’était bien vu. C’est ce qui nous a menés à l’impasse actuelle. Mais cette impasse est aussi annonciatrice d’une renaissance collective à un monde fort différent.

Et cette renaissance suppose de revoir notre rapport à l’argent, selon vous.

– Dans le monde matériel, nous sommes poussés à agir par deux forces: nos peurs et nos besoins. Les unes nous poussent à gagner de l’argent, les autres nous tirent vers lui. Or les choses essentielles dans la vie ne s’achètent pas. Si nous voulons être en harmonie avec l’argent en particulier, et avec la vie en général, une petite analyse s’impose: la connaissance de nous-mêmes.

Quelles sont les implications pour les entreprises?

– En 20 ans, la valorisation moyenne des entreprises est passée de 20% à 85% d’immatériel, de valeur humaine. Aujourd’hui, les bureaux sont loués, le matériel roulant est en leasing, la valeur intrinsèque des entreprises devenant principalement intangible. Ce ne sont pas les camions, machines et ordinateurs qui font la différence d’une entreprise, mais les gens qui y travaillent. Les entreprises qui seront encore là dans 20 ans seront celles qui auront su créer autant de valeur humaine que de valeur matérielle. Prenez Facebook: outre l’outil technologique, ils ont créé du lien. Autres exemples: Martin’s Hotels, Triodos, The Little Gym (psychomotricité enfants), Derbigum ou Upignac.

Comment évaluer la valeur humaine de l’entreprise?

– C’est là que nous avons développé, avec notre équipe d’UHDR UniverseCity (plate-forme d’innovation en développement personnel et sociétal), le concept de “triple comptabilité”. Il s’agit de faire un bilan de la valeur émotionnelle et de la valeur intellectuelle avec la même rigueur que le bilan des valeurs matérielles. Pour un comptable ou une fiduciaire, amener ce regard global sur l’entreprise est lui rendre un grand service. Chacun sait qu’en torturant les chiffres, on peut leur faire dire n’importe quoi. Avec la triple comptabilité, les chiffres sur l’humain dans l’entreprise deviennent une base de travail pour optimiser l’équipe et permettre à chacun de s’épanouir de façon durable et performante.

Vous considérez l’Islande comme un laboratoire à cet égard.

– Il suffit de regarder ce qui s’y passe aujourd’hui. Après la crise de 2008 qui a fait imploser le système financier islandais, l’agriculture locale et l’entrepreneuriat ont repris, de même que le bonheur des gens, alors que les revenus diminuent. C’est un exemple édifiant de nouveau modèle de société. Les industries concernées peuvent profiter de ces changements sociétaux pour se repositionner intelligemment dans des modèles créatifs, offrant à leur tour de la valeur humaine ajoutée.

N’est-ce pas là un plaidoyer pour la décroissance?

– Je ne crois pas à la décroissance. En revanche, je crois à une croissance de la valeur ajoutée. Cela suppose un repositionnement systémique. Un exemple: plus de prévention permettra moins de dépenses de sécurité sociale et des budgets plus équilibrés. Cela va de pair avec une gestion intelligente des ressources. Le gros problème aujourd’hui, c’est la complexité, la rapidité, l’aversion du risque. C’est le nouveau triangle des Bermudes. L’antidote, c’est la simplicité, prendre son temps, innover. Les lobbies continueront certes à essayer de protéger les acquis de leurs clients. Mais, qu’ils le veuillent ou non, l’avenir sera différent. Les premiers arrivés seront les premiers servis.

La démarche est-elle applicable au monde de la finance?

– Il faut développer des modèles financiers à taille humaine, où on écoute le client, où on ne mélange pas les métiers. Mon ami Bernard Lietaer, spécialiste des théories monétaires, affirme que la diversité des systèmes monétaires crée une résilience. Avec l’euro, on a développé un système homogène, c’est-à-dire plus efficace, mais moins résilient. On voit ce que cela donne aujourd’hui. La solution serait d’ajouter des systèmes monétaires complémentaires qui procureraient une résilience à l’économie. Ces systèmes peuvent très bien être gérés par des petites banques. En Argentine, au plus fort de la crise en 1999, on a vu des communautés s’organiser dans les campagnes pour subvenir aux besoins élémentaires nourriture, logement, éducation en se passant de la monnaie de référence. Lorsque la situation s’est améliorée, la monnaie est revenue et a pris le relais.

Vous voyez la Belgique également comme un laboratoire. Pourquoi?

– Je prétends que la Belgique est le meilleur pays au monde pour tester des modèles nouveaux. Ce pays est un métissage des cultures germanique, latine et anglo-saxonne. Il héberge le centre nerveux de l’Union européenne, l’Otan, des ONG, des lobbies, etc. C’est aussi un excellent marché test pour des multinationales voulant s’essayer au marché européen. Psychologiquement, les Belges sont humbles, pragmatiques, créatifs, industrieux, adaptables. La Belgique, c’est également une concentration de richesse bloquée sur des comptes à terme, avec un secteur bancaire et des finances publiques encore vulnérables, constituant une bombe à retardement qui pourrait accélérer le changement de société. Enfin, il y a la maturité de notre modèle démocratique négocié, arrivé à un point de non-retour, obligeant à proposer des systèmes plus simples, plus justes, axés sur l’intérêt général et non pas sur des agendas particratiques. l

Propos recueillis par Jean-Paul Bombaerts

“Les valeurs de l’argent”, Michel de Kemmeter, éditions Avant-propos, 220 pages, 16,95 euros.

article original en pdf:
Michel de Kemmeter

Opportunities and dangers to measure Human Capital in hard currency

Triple Accounting attemps to calculate values and potential carried by people in the corporation. Intangible assets, emotional equity, knowledge equity, goodwill is mostly located in teams. But… if not well carried, these projects could slip into a negative spiral. Let’s check out why and how to avoid it.

Opportunities and potential:

1. Measure, monitor and benchmark impact of HR and CSR actions, as well as Sustainable Development projects, values and identity
2. Identify, valorize, estimate the amplitude of intangible value and potential (intangible/immaterial liabilities)
3. Enhance collective consciousness of where is the true value, within people
4. Explicit feelings and intuitions
5. Challenge financials and accounting with people issues
6. Recognize the value of employees
7. Reassure shareholders on long term
8. People’s strategy and perennity on long term

Dangers:

1. The figures and the “machine” enslaves people even more
2. People become a quantified tool to uniquely serve shareholder value
3. “Amortising ” and “charge off” of people as assets
4. It’s a little provokative to calculate people’s value in hard currency…
5. Never calculate individual financial value for people
6. Over-evaluation of people
7. War of egos and power

Conclusion:

-> it has to be done in a benevolent way, with people as a value, not with people as an asset to “write off”
-> the exercice has to be done to create value for and by people, on 5 levels: earth, material, emotional, knowledge, common good
-> basic human ethics have to be respected
-> the core intention should be to create value for the people, for the corporate projects, for the surrounding

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